Besoin de rien, envies de Loire Les propositions de Signaux Faibles pour le concours "Envies de Loire" de l'Agence d'Urbanisme de Tours

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Tourner les regards de la ville vers son fleuve

Parler de la Loire à une équipe nantaise, c’est aussi évoquer leur propre quotidien. Nous avons même un bordelais dans le groupe, qui lui côtoie chaque jour la Garonne. Ces deux grandes métropoles se sont déjà posées la question de la place du fleuve dans la ville. Les réponses restent des propositions d’aménagement et de ré-appropriation des rives en créant des circuits cyclables, des promenades piétonnes, des lieux équipés pour un large public. Dans les deux cas, la Loire et la Garonne restent des paysages distants à regarder, la toile de fond de villes qui se transforment, malgré le fleuve plus qu’avec lui.

Dialogue entre les rives. Le fleuve est vécu comme un élément à franchir. Tout se joue donc autour des ponts qui permettent un échange entre deux rives qui se sont développées de manière relativement indépendante, créant de forts sentiments d’appartenance à un seul côté de l’eau. Rive droite et rive gauche ne partagent rien d’autre que le même paysage, qui limite leur extension. Aujourd’hui, la technique permet de sécuriser les traversées et les politiques de mobilité multiplient les modes de franchissements : tramway, autoroutes, voie ferrée…. Les déplacements urbains ne sont plus contraints par le fleuve, plus de détours pour passer de l’autre côté, désormais on traverse par-dessus. On enjambe le fleuve en lui jetant un regard distrait.

Nantes et Bordeaux ont fait le choix de compléter les propositions de traversée par des lignes de bateaux qui offrent plus de souplesse quand au trajet effectué. Pas besoin d’infrastructure sur l’eau pour se déplacer d’une rive à l’autre. Cette offre supplémentaire implique une relation plus concrète à l’eau. Le bateau bouge sur cet élément instable et lutte sans peine contre le courant. On flotte jusqu’à l’autre côté du fleuve avec une certaine proximité visuelle, olfactive et auditive.

Ici, contrairement à Nantes ou Bordeaux, la Loire offre un paysage varié qui ne se limite pas à un simple écoulement d’eau bordé d’arbres, mais un espace vivant constellé de petites îles dont la morphologie évolue en fonction des mouvements du sable et des crues.

Dialogue ville – fleuve. Le fleuve est devenu un nom propre. La Loire est une personne avec une identité forte, son mauvais caractère et ses épisodes de grosses colères. La Ville est aussi devenue un individu qui cohabite avec un autre, plus humide. Ces deux personnes s’observent, se méfient l’une de l’autre et maintiennent une distance « de courtoisie »… Mais alors comment retrouver des usages de l’eau ? Ne plus se limier à franchir, mais aussi regarder, voire toucher et pratiquer le fleuve ?.

Culture du risque et apprivoisement du fleuve sauvage. Le fleuve est dangereux car le courant est parfois fort. La Loire est dangereuse car parfois, elle sort de son lit. Le risque existe, il est réel, mais il devient aussi temps de le regarder en face simplement, de l’apprivoiser et d’apprendre à vivre avec consciemment. Trop longtemps privés de leur fleuve par une superposition d’interdictions, il faut désormais accompagner les tourangeaux, leur expliquer comment utiliser la Loire, dans quelles conditions et avec quelles précautions.

Au-delà des risques de crues, le fleuve mérite de retrouver une place dans le quotidien des habitants qui ont fini par ne même plus le voir. En agissant sur des espaces en relation avec le fleuve, il est possible d’intensifier ces liens, et de les diffuser à la ville.

La Loire, un site exceptionnel : de la plaine du centre aéré aux îles noires

Quel plaisir et quelle chance de pouvoir profiter d’une vue imprenable sur la Loire et ses îles, mais aussi de lieux emplis de calme, de lumière et de sérénité. Au pied de l’agitation urbaine on peut soudain y entendre le chant des oiseaux et contempler le fleuve qui poursuit son chemin vers ailleurs…

Bien des villes jalousent à raison celles qui sont traversées par la Loire. Son caractère, son échelle, sa lumière en font un véritable écrin paysager – une respiration – devenue promesse de bien être au quotidien pour les habitants de ces villes ligériennes.

Le fleuve et ses humeurs marquent les différentes temporalités saisonnières. La Loire est un voyage, le retour des hautes eaux fait prendre conscience de l’appartenance de ce paysage à un ensemble beaucoup plus grand. Le corridor ligérien n’a nul équivalent, il accompagne les oiseaux dans leurs migrations, génère un climat singulier perceptible à l’échelle du pays. Souvent qualifiée de sauvage malgré le contrôle de son cours, la Loire reste la zone d’habitat de centaines d’espèces naturelles qui l’animent.

Faire de la Loire le cœur du projet métropolitain semble évident tant le fleuve est à l’origine des richesses naturelles et du patrimoine immatériel du territoire. On constate cependant des lifficultés à amorcer des projets urbains sur les rives, du fait de l’existence des aléas imposés par le fleuve. Nous sommes persuadés que des stratégies d’aménagement saisonniers, temporaires et réversibles peuvent permettre de renouer le contact avec la Loire.

Faire revenir les cabines de plage pour l’été, aller au sauna au creux de l’hiver sur l’île Aucard, pécher, faire du paddle… vivre au quotidien avec le fleuve, c’est réapprendre à l’observer pour attendre avec engouement les moments où on le célèbre en rentrant à son contact.

La Loire, un paysage équipé : de la Guinguette de Lulu à Tours plage

L’évidence de la présence d’un cadre exceptionnel s’est traduite depuis bien longtemps par l’installation d’activités plus ou moins pérennes le long de la Loire. Malgré les risques réels de débordement du fleuve, différents usages occupent aujourd’hui les rives offrant ainsi de nombreuses opportunités de contacts avec l’eau. Essentiellement saisonnières, ces activités permettent à un large public de profiter d’espaces de respiration en plein cœur de la ville. L’été, les rives s’animent et la Loire cohabite quelques mois avec de nouveaux usagers qui viennent profiter d’une certaine fraicheur sous les arbres, face à l’eau. Le temps d’un après midi, les familles viennent partager ce merveilleux jardin accessible à tous. L’aménagement de « la Loire à vélo » vient relier ces équipements à la découverte des bords du fleuve, à travers un paysage merveilleux faits de boisements et larges vues sur l’eau.

Par prudence, la Loire n’est devenue qu’un paysage dont on revendique le caractère sauvage, une merveilleuse toile de fond bordée d’activités qui bien souvent n’ont plus de lien avec l’eau. En effet, les usages se sont organisés le long du fleuve, sur ses rives, en prenant bien soin de ne pas aménager un accès réel au fleuve. On pédale le long ; on joue à côté ; on boit un verre devant ; mais jamais on ne met les pieds dedans !

Cette mise à distance systématique des usages par rapport à la Loire est finalement assez récente. Il n’y a pas si longtemps, le fleuve était considéré comme une ressource naturelle à exploiter. Dans l’amélioration du quotidien, la Loire était un point d’eau indispensable pour laver le linge, se laver soi-même, transporter les denrées alimentaires de leur lieu de production à leur lieu de consommation (bateau douche, bateau lavoir, traversier, transport maritime…) Mais le fleuve était aussi un véritable prétexte au développement des activités de loisirs (patin à glace, baignade, concours de pêche, aviron…)

Il est temps de renouer avec des pratiques du fleuve pour amorcer par les usages un retour du fleuve au cœur de la ville.

Aborder le territoire par un espace singulier : la Grande île Aucard

Rien à redire, les conditions d’accueil étaient excellentes. Perchés au sommet des locaux de l’Université, avec vue panoramique sur la Loire, soleil, rafraichissements, rouleaux de calques vierges et impatients, voisins sympathiques… On aurait pu rester là bien des heures. Mais non.

Il nous fallait sortir dès que possible pour arpenter les lieux (au risque de passer pour des élèves dissipés) pour comprendre avant de commencer à dessiner la matière urbaine et vivante sur laquelle nous allions travailler pendant si peu de jours. Car pour nous le projet n’émerge pas de la sueur déployée face à un jeu de plan ou de photos aériennes, mais de la confrontation au réel, au terrain, mais aussi et surtout du contact avec les habitants.

Nous cherchons sur le terrain, par la balade et la rencontre, les signaux faibles sur lesquels bâtir les futurs possibles des lieux. Ces usages discrets qu’il convient de dénicher, comme autant de graines de projets à venir pour réinventer la ville.

Alors nous avons mis le cap vers un lieu qui semblait accueillir une vraie densité d’usages : la grande île Aucard. A peine sommes-nous sur place que nous sommes déjà interpelés par des habitants, curieux de savoir ce qu’on fait là. La large concertation menée depuis plusieurs mois sur « Envies de Loire » facilite l’entrée en matière et nous abordons rapidement les questions du rapports à la Loire. La découverte à pied et les premiers échanges sur place ont rapidement confirmé nos premières sensations : cet espace est riche et complexe, en dialogue difficile mais permanent avec le fleuve. Sa position stratégique entre la ville et la Loire en fait le lieu potentiel de projets permettant de reprendre contact avec l’eau.

Il y a ici tous les ingrédients de la ville : la mobilité, le cadre de vie exceptionnel, la proximité d’équipements et de services. En effet, le pont de fil, les axes vélo, mais aussi le parking relai constituent une amorce de hiérarchie des modes de déplacements au quotidien. Les ruelles étroites ne proposent pas de trottoir et l’espace public est donc partagé par les utilisateurs. Les jardins foisonnent et débordent au-delà des clôtures et murets jusque sur la rue. L’ambiance est ici largement paysagée, offrant un cadre de vie très agréable. C’est presque un écoquartier dans son fonctionnement et son organisation.

Tout irait pour le mieux si le quartier n’était pas soumis à de forts risques d’inondation. Si le risque est très consciemment intégré par les habitants, la Loire n’est pas pour autant vécue au quotidien comme un danger. La culture du risque a induit l’organisation de systèmes de protection des biens et des personnes pour chaque famille installée ici.

Alors cet usage résidentiel peut il être pérennisé à long terme ? Sans doute pas tel quel, si tant est qu’il puisse être maintenu. Mais nous n’avons pas prétention à répondre à cette question complexe du long terme en cinq jours sur place.

Car ce qui est par contre certain, c’est qu’aujourd’hui rien n’est fait pour faire disparaitre cet usage habité à court ou moyen terme : des cessions se succèdent et des travaux se multiplient dans une illégalité toute assumée. Cet espace n’a pas non plus vocation à devenir un espace vide, un nouveau parc urbain à traverser. Des usages, autres que résidentiels peuvent bâtir un futur possible bien audelà des limites de la seule île Aucard et amorcer ainsi la transformation de des lieux et du rapport au fleuve.

L’exploration du territoires des desu îles Aucard nous permettra de tester des usages non résidentiels afin que ce site exceptionnel retrouve un quotidien dans la vie des Tourangeaux.

Une façon d’amorcer un nouveau dialogue entre la ville et son fleuve.

Du parc de Sainte Radegonde à la cathédrale : une position stratégique pour renouer le dialogue de la ville avec son fleuve

L’entrée par le secteur habité, nous permet d’élargir largement nos réflexions à un espace beaucoup plus vaste, très dense en usages, comprenant les deux îles Aucard et leurs connexions à la ville. En effet, ce tissu urbain inhabituel nous a conduit jusque ici, et nous a permis de découvrir d’autres lieux et activités allant du parc de Sainte Radegonde jusqu’à la cathédrale. De fait, nous croisons beaucoup de gens : Un retraité bricole son portail, un autre travaille dans son jardin, un jeune couple fait du vélo, deux étudiantes prennent de la vitesse sur leur long board à roulettes, une classe de jeunes enfants termine son cours de sport sur le terrain de basket, deux jeunes hommes changement une fenêtre…

C’est à la fois un espace d’articulation entre la ville et son fleuve, mais aussi entre les deux rives par les regards et les usage multiples du Pont de Fil. A pied ou à vélo, le pont de fil est traversé dans les deux sens dans un flot continu de tourangeaux. Difficile d’identifier un sens directionnel. Qui rentre dans le quartier de la cathédrale ? Qui part travailler à l’hôpital ? Les enfants de l’école Paul Bert habitent-ils au Nord ou au Sud de la Loire ? Ces deux îles sont quotidiennement traversées mais sont trop rarement un lieu de destination.

La Loire est traversée, franchie quotidiennement. Elle est parfois aussi regardée, admirée. Le Pont de Fil et les îles offrent des points de vues sur le fleuve à différentes hauteurs, mais aussi des perspectives sur deux fronts urbain très différent. Ces deux îles proposent ainsi une variété d’ambiances et de lieux qui sont autant d’occasions de révéler la Loire dans des usages nouveaux.

Les deux îles Aucard constituent une rotule urbaine stratégique, à la charnière des deux rives, de la ville et d’une « campagne urbaine », mais aussi de la ville et de la Loire. Ces deux iles concentrent les ingrédients d’une véritable intensité urbaine. Les dents creuses et autres espaces de potentiels développement sont autant d’opportunités de proposer sur ce  centre ville des usages – autres que résidentiels – permettant une transformation du regard porté sur la Loire au quotidien.

Ce site est bien entendu marqué par le risque. Mais il conviendra de vivre avec pour le court et le moyen terme. Nous travaillerons donc sur le temps court d’un urbanisme tactique, centrés sur les usages autres que résidentiels. Ce grand site est stratégique par la qualité des interfaces qu’il offre avec le fleuve, il sera donc un espace d’expérimentation d’usages permettant à la ville de renouer le dialogue avec son fleuve.

Partir des usages, pour toujours y revenir

La ville est faite pour être vécue. Simple à dire, moins évident à intégrer au cœur du processus de fabrication de la ville. C’est pourtant notre pari.

Si nous travaillons essentiellement sur la transformation d’espaces déjà urbanisés, et si nous avons immédiatement focalisé notre travail sur un espace habité, c’est que nous sommes convaincus que la réussite des projets dépend de leur lien étroit avec  les usages passés, existants ou potentiels. Nous focalisons donc notre attention sur les potentiels de vie plus que sur les seuls enjeux de composition pour tisser des projets hyper-contextualisés.

Partir des usages donc, par le parcours et l’observation, en passant simplement du temps sur le terrain, à différents moments, pour sentir les lieux se vivre, capter ces signaux faibles sur lesquels nous nous appuyons pour penser un futur.

Marcher sur le site du projet mais aussi rencontrer, écouter, partager l’étonnement, l’émerveillement. Quoi de mieux que le dialogue pour comprendre les usages ? Le dialogue est une écoute honnête, réellement intéressée, qui parfois doit rompre avec les usages du projet urbain en chambre pour amorcer l’échange. L’échange pour autant peut être franc, et l’écoute n’a pas besoin d’être naïve.

L’expertise de l’habitant, de l’usager est indispensable à la compréhension de la fabrique de la ville. Observer, questionner pour comprendre les usages d’aujourd’hui est essentiel. Parfois, un détour par le passé est aussi nécessaire pour expliquer certaines traces, certaines habitudes, certains parcours.

Puis parler du site sur d’autres sites, avec d’autres usagers, d’autres experts. Faire des parallèles, des rapprochements avec des espaces proches ou très lointains. Regarder ailleurs pour enrichir la réflexion et la compréhension globale du sujet.

Et revenir, encore, aux usages.

Dans ce contexte, il nous semble utile de nous saisir des outils de l’urbanisme tactique pour permettre la réappropriation de la Loire par les tourangeaux, en donnant à voir les potentiels d’usages des îles Aucard, tout en respectant l’environnement, la biodiversité, la qualité de l’eau et les risques d’inondation.

Nous proposons de réinterpréter des usages existants ou ayant existés sur les bords de Loire, afin d’offrir un autre regard sur ce site posé sur le fleuve, cœur historique de la ville, qui n’est souvent que traversé. Permettre à tous de découvrir ce lieu sans a priori : Faire de ces îles une destination ordinaire, un théâtre aquatique pour faire du paddle avec ses enfants, une plage saisonnière en bois pour lézarder au soleil entre copines, déguster un vin de Loire pêcher les pieds dans l’eau…

Notre ambition est de faire émerger des projets et des pratiques très variés : artistiques, touristiques, citoyens… qui pourront renforcer les contacts entre la Loire et les tourangeaux, en intégrant la notion de risque par des conditions d’usages adaptées.

Agir vite, et bâtir le projet dans le temps par l’urbanisme tactique

Centrée sur les usages, la méthode que nous proposons est directement inspirée de l’urbanisme tactique en privilégiant les actes réels aux images théoriques, et le futur proche aux plans sur la comète.

Partant des usages, des lieux, nous proposons d’imaginer avec les acteurs locaux des interventions rapides pouvant amorcer un retournement des regards vers le fleuve en initiant des pratiques de la Loire. L’objectif est d’amorcer rapidement un processus de transformation et d’appropriations, quitte à rester modeste sur les premières étapes, pour construire progressivement un projet de transformation sur le long terme, construite pas après pas.

Chacune des étapes a vocation à porter de nouveaux usages, à tester des pistes de projet, a accompagner des signaux faibles détectés par les dialogue et l’observation. Rapides et légères par nature, ces interventions sont aussi réversibles, permettant d’apprendre par les faits, d’abandonner certaines pistes et d’en approfondir progressivement d’autres.

Partant d’espaces stratégiques comme les îles Aucard (mais d’autres lieux pourraient aussi se préter , nous proposons donc de tester rapidement des pistes d’usages, pour ensuite les déployer plus largement sur les espaces fertiles en interfaces ville – fleuve. Il y a donc une double inversion du processus de projet pour éviter l’inaction et maximiser l’impact des actions à engager :

-Une logique « bottom – up », privilégiant les actions court-terme de terrain pour nourrir par l’expérience le plan stratégique à long terme,

-Un processus « micro macro » passant par des expérimentations à petite échelle avant d’engager des généralisations sur le territoire.

Usages d’hier et d’aujourd’hui

Des usages au projet

Que faire d’une telle densité d’usages ? Quelles pistes suivre ? Quels sont les « bonnes » options parmi toutes ces activités existantes, ayant existées ou à venir ?

C’est tout d’abord un choix de conviction, d’affinité que nous faisons. En effet, la ville telle que nous l’avons découverte semble souffrir d’un manque d’entrain et de folie ! Concentrée (à juste titre) sur la conservation et la mise en valeur de son patrimoine bâti et naturel, La ville a comme figé les limites de son développement et oublié la force de l’inatendu.

La ville n’a pour autant pas oublié que sa croissance dépend aussi de sa capacité à accueillir la population, force vive du quotidien, qui consomme du foncier et génère une mobilité toujours accrue. La ville est donc fonctionnelle malgré les contraintes du fleuve dans la rupture qu’il représente.

Nous sommes convaincus que la vitalité de la ville passe aujourd’hui par sa capacité à animer plutôt qu’à diriger. La ville doit permettre à ses habitants de s’épanouir, d’être et de faire. La ville doit désormais être porteuse de sens pour chacun afin que l’on puisse ainsi construire un avenir commun.

Loire ludique / Loire nourricière / Loire Plaisir : c’est sur la base de ces 3 grandes orientations que nous appuierons nos propositions. Quelque soit le site d’intervention, les aménagements devront répondre à un ou plusieurs de ces objectifs qui pourront être déclinés en fonction des caractéristiques spécifiques de chaque lieu mais aussi des besoins identifiés ponctuellement.

Ces trois thèmes serviront de fil conduction à la composition des différents aménagements dans un souci de complémentarité et de continuité sur le linéaire de projet.

Premières pistes

Au sein du périmètre d’expérimentation, certains espaces nous apparaissent comme plus stratégiques pour envisager des premiers éléments de projet dans un futur immédiat. Parce que plus accessibles, plus visibles, moins encombrés, certains lieux s’imposent comme premiers pas de projet. Il est parfois même étonnant qu’ils soient encore vierges de tout usage, tout aménagement.

La rive Sud de la Petite île Aucard est un de ceux-ci. Exposée plein Sud, visible depuis le pont de fil, en contact direct avec la Loire, cette berge offre un linéaire (sous maitrise foncière publique) qui invite à venir y semer des usages ludiques et récréatifs : plage ensoleillée, mise à l’eau de paddle et de kayaks, coins de pêche

D’autres usages plus ou moins autorisés s’organisent déjà sur la rive Nord de la petite île, moins visible, plus confidentielle, masquée par les boisements. L’intervention sur ce secteur vise à accompagner l’intensification des usages existants, aujourd’hui plutôt tournés vers les activités sportives. En effet, le site est équipé d’un terrain multisports assez confidentiel et assez désuet. Les écoles viennent y pratiquer leurs activités dans la journée et quelques jeunes utilisent le site pour s’aérer le week-end. Cet équipement pourrait être renforcé et complété afin d’identifier cette île comme lieu de pratiques sportives variées. Pour compléter cette offre, et pour répondre à des besoins exprimés par les promeneurs en kayaks par exemple, pourraient être installées des points d’eau pour prendre une douche. La proximité du Service des Eaux sur cette île met aussi en perspective l’animation d’un jeu d’acteurs qui amorce le décloisonnement de l’île.

Ceci illustre la méthode proposée : partir d’un usage existant (le terrain de sport), le compléter (installer des douches), et ouvrir l’usage à d’autres utilisateurs, d’autres acteurs (les promeneurs en kayac, le Service des Eaux).

Réinterroger les usages des sites sous-utilisés. C’est ainsi qu’on peut réinterpréter un certain nombre d’activités « sauvages » qui s’installent sur l’ile Aucard souvent le temps d’un été. Les familles se baignent dans le bras de rivière entre les deux îles. Quelques pêcheurs passent le temps en trempant leurs lignes, pendant que les cyclistes roulent derrière eux. Les questions immédiates qui en découlent : comment officialiser et populariser la pratique de la pêche? Où et quand autoriser la baignade? Peut on aller à la plage sans se baigner? Comment profiter du soleil et de la fraicheur de l’eau?

Rendre lisibles et cohérents les usages à l‘échelle du site / et des sites. Adapter les mobilités en conséquence.

Commencer vite, apprendre en marchant

Alors par où commencer ? Par se fixer une date. L’été 2018 doit être le premier horizon du projet. Non pas une date de remise d’étude, ou de Comité de Pilotage, mais la date du premier passage au réel.

Commençons donc par nous donner collectivement un horizon court : celui de l’été prochain. Imaginons ensuite quels actes pourraient amorcer ces retrouvailles avec la Loire, où et comment pourrait émerger de nouveaux usages de la Loire.

Il faudra faire des compromis pour tenir les délais, agir exclusivement sur des espaces maitrisés par la puissance publique, privilégier les outils légers et réversibles de l’urbanisme tactique, et s’inspirer des usages naissants – nos signaux faibles – pour tisser du projet.

C’est une équipe resserrée associant techniciens et élus qui devra s’engager dans ce planning étroit, dialoguant avec les acteurs du lieu pour imaginer des actions à engager – entre art et plaisirs – s’appuyant sur les compétences des services et des habitants pour passer directement au réel.

L’occasion d’une rencontre entre le fleuve, les habitants et les touristes en un lieu singulier, pour un évènement pensé comme une expérience, destinée à inspirer la suite d’un projet qui s’écrira progressivement dans le temps long.

Un moment clef dont la réussite est essentielle, qui doit mobiliser pour marquer les esprits.

Vivement l’été prochain.

La plage

Au bout du pont de Fil, entrer sur l’ile Aucard avec son parasol, sa glacière et son transat pour s’installer sur les terrasses en bois aménagées plein Sud pour l’été. Des petites cabanes en bois permettent même de se changer à l’abri des regards.

Ces larges plages en bois peuvent accueillir plusieurs familles, plusieurs groupes de personnes. On pose sa serviette au mieux, entre ses voisins du jour. Le panorama sur la ville et son front bâti est fantastique. Quasiment les pieds dans l’eau, on profite de la fraicheur de la Loire. Ces plages invitent à la détente. Ici, inutile de multiplier les équipements. On vient pour ne rien faire d’autre que se relaxer, discuter avec ses amis, bouquiner, rêvasser…

Cet aménagement simple à réaliser et peu couteux, permet aux tourangeaux de quitter (enfin) le pont de fil pour mettre les pieds sur l’ile. En contrebas du pont, les premiers à profiter du cadre au soleil donneront envie aux autres de « descendre » eux aussi jusqu’au bord de l’eau. Par curiosité, on vient passer un petit moment, puis on y revient car on y a pris goût.

Les plages offrent une alternative estivale à tous ceux qui ne peuvent pas aller mettre les pieds dans l’eau salée et installer leur serviette sur le sable. Cette proposition d’usages répond à l’objectif de réappropriation de la Loire par les habitants en leur proposant un lieu de contact jusqu’ici assez rare. En plein cœur de ville, les plages montrent aussi que le fleuve est apprivoisable. Certains en profiteront pour tester leur paddle, pour essayer leur nouvelle canne à pêche. D’autres usages spontanés pourront s’installer sur ce morceau d’île réinvesti par la ville.

Les plages seront accompagnées d’éléments de pédagogie afin de prévenir un certain nombre de comportements non souhaitables sur ce site mais aussi d’expliquer le fonctionnement du site ainsi recomposé. La plage ne nécessitera pas de surveillance particulière et la baignade ne sera pas forcément autorisée. L’objectif est bien de se rapprocher de l’eau, de regarder l’ile Aucard autrement, de profiter du point de vue sur la ville.

Le théâtre nautique

Nous proposons aussi d’amorcer un retour au fleuve des usages nautiques par des interventions légères permettant d’engager des usages précurseurs.

Deux espaces peuvent être particulièrement riches :

-Le secteur situé entre le Pont de Fil et le Pont Wilson, au Sud de la Petite île Aucard bénéficie à la fois d’un niveau d’eau estival suffisant pour constituer un plan d’eau navigable, mais aussi de points de vue depuis la terre ferme. Cet espace pourrait devenir un véritable théâtre nautique, avec pour gradins les deux ponts et la rive de la Petite Ile Aucard, ouverte au public pour l’occasion.

-Le bras de Loire situé entre les deux îles, moins visible, est aussi très riche pour des usages plus intimistes, avec un débit calme propice à la trempette.

L’objectif de l’investissement de ces lieux est double : à la fois restaurer une pratique du fleuve par les habitants au travers d’activités nautiques, mais aussi faire tourner les regards des habitants parcourant les rives vers la Loire en animant le plan d’eau par des activités spectaculaires et des évènements.

Dès l’été prochain, les usages vont se concentrer sur des activités souples ne nécessitant que des aménagements légers : le paddle et le canoë kayac notamment.

Une infrastructure temporaire de mise à l’eau de type ponton flottant permettra d’offrir pour la saison un service de location permettant des balades entre les îles, mais servira aussi de base technique pour des évènements destinés à faire tourner les regards : course de paddle autour de la petite île Aucard, compétition de kayac-polo dans le théâtre nautique Il pourra également servir pour accueillir des clubs locaux souhaitant diversifier leurs activités.

C’est sur la base de ces premières expérimentations que pourront être peu à peu approfondis les usages du fleuve au fil des saisons, avec déjà quelques idées :

-L’implantation d’une scène flottante permettant l’organisation de concerts ou de spectacles dans le théâtre nautique, avec l’aménagement de gradins plus pérennes sur la rive Sud de la petite île Aucard, dans le périmètre actuellement dédié uniquement au Service des Eaux.

-la mise en œuvre d’infrastructures flottantes plus lourdes, comme une piscine flottante permettant une baignade sécurisée dans le fleuve (comme à Paris dans le bassin de la Villette l’été dernier), ou un spa flottant inspiré par Montréal.

-Des activités sportives misant sur les synergies avec les pratiques à terre (pratiquants, clubs, infrastructures comme les vestiaires…) mais aussi un côté spectaculaire : Water Polo, téléski nautique / WakePark, …

-L’organisation d’évènements ludiques comme des concours d’engins volants par Red Bull, des compétition d’objets flottants (radeaux, baignoires …)

Porter l’appropriation par l’évènementiel

Les aménagements envisagés pour l’été 2018 ne pourront fonctionner que s’ils sont présentés, expliqués et offerts aux Tourangeaux ainsi qu’aux touristes de passage. En effet, ces nouveaux équipements proposent un usage un peu inhabituel et méritent qu’on invite chacun à s’approprier les lieux en suggérant les premiers usages à l’occasion de manifestations de lancement.

L’urbanisme tactique ne consiste pas seulement en la réalisation rapide d’aménagements réversibles. La réalisation des espaces ne suffit pas, il faut aussi les faire vivre. Ici l’encadrement est limité mais l’animation est indispensable. Car l’objectif initial est toujours de remettre la Loire dans une proximité quotidienne pour tous les habitants.

Pour cela, nous créons des évènements pour remettre la Loire au cœur de la ville. Le programme des manifestations organisées au cours de l’été 2018 aura pour but de faire découvrir la Loire autrement.

Les propositions d’événementiels s’appuieront sur les 3 thématiques déclinées dans nos propositions : Loire ludique / Loire nourricière / Loire Plaisir.

Ainsi le public visé n’est pas seulement le touriste, qui sera bien entendu bienvenu et qui bénéficiera de cette offre festive et pédagogique, mais surtout les habitants qui vivent le fleuve au quotidien.

Quelques pistes d’animations estivales visant à centrer les regards sur les espaces de projet :

-Un festival des gouts de Loire : marché, dégustation de produits régionaux (poissons de Loire, garum, vins de Loire…)

-Un concours de pêche, course d’orientation, une compétition de paddle

Installation de la Remise d’Hélène sur la place Choiseul pour interroger notre regard sur les cabanes. L’espace lisse accepte-t’il des formes urbaines plus rugueuses ?

Et après 2018 ?

C’est le cœur même de notre méthode que de ne pas postuler des usages, mais de les tester dans la vie réelle par des aménagements légers, accompagnés d’une animation adaptée. Il n’est donc pas question de figer un projet au-delà d’un horizon court fixé à l’été 2018. De l’expérience des premières interventions naitra la suite.

Les premiers aménagements proposés pour l’été 2018 participent à une composition plus large visant à réinvestir les lieux susceptibles d’accueillir des usages en lien avec les 3 thématiques proposées plus haut. En effet, la Loire ludique / Loire nourricière / Loire plaisir sont les points de vue à partir desquels nous souhaitons intervenir pour remettre le fleuve au cœur de la ville.

Les usages proposés seront donc complémentaires et sauront saisir les opportunités foncières sur les différents sites identifiés sur le linéaire étudié. L’ensemble formera un système d’équipements permettant un vrai contact avec l’eau.

Quelques pistes émergent déjà, comme autant de d’idées à confronter au réel…

La poursuite des aménagements nécessitera de travail en étroite collaboration avec les services mais aussi et surtout les différents acteurs du territoire afin de les mobiliser dans l’animation des futurs équipements.

Le rythme de vie du fleuve implique une occupation saisonnière des berges et des sites d’intervention envisagés. Néanmoins, certains équipements plus pérennes pourront être implantés. L’objectif sera  à moyen terme d’animer la Loire toute l’année.

Tirer le fil de la méthode

 C’est finalement moins un projet ficelé qu’une méthode pour l’écrire collectivement que nous proposons ici. Une méthode qui ne viserait qu’un seul but : retourner les regards de la ville vers son fleuve, pour amorcer sa réappropriation par les usages. Des usages apaisés mais conscients des risques et des enjeux.

Les îles Aucard pourraient être ce terrain d’expérimentation d’une intervention subtile et progressive, mais tout autre lieu d’interface dense entre la ville et son fleuve pourrait aussi servir de support à cette méthode.

Une méthode rythmée par quelques temps clef :

  • Le repérage d’espaces denses en usages, lieux stratégiques d’interface entre la ville et la Loire,
  • Un travail d’appréhension des usages, qu’ils soient passés ou présents, fondé sur l’observation et la rencontre, à la recherche de ces signaux faibles sur lesquels fonder le projet,
  • La définition de pistes de projets d’accompagnement des usages par des aménagements simples, réversibles et réalisables dans des délais courts,
  • La mise en œuvre rapide de ces projets par les outils de l’urbanisme tactique, associant rusticité des moyens à l’association des acteurs locaux,
  • L’accompagnement de l’appropriation par des animations et des évènementiels adaptés, centrant l’attention sur les expérimentations,
  • Le retour d’expérience et la généralisation, avec l’abandon des pistes qui n’ont pas retenu l’attention, la pérennisation de certains usages et la diffusion de la méthode à d’autres espaces stratégiques.

Une méthode qui vise donc à amorcer des nouvelles pratiques du fleuve sur des secteurs stratégiques par les outils de l’urbanisme tactique, en fondant sur les usages passés et présents des interventions rapides et légères.

La prochaine étape consiste donc à confirmer un horizon de temps nécessairement court (comme l’été 2018) et à identifier un lieu stratégique, pour engager le dialogue et tisser les premiers éléments d’un projet à écrire au fil du temps et du fleuve.